Le Concorde des années folles

Relever le défi :
Le 21 mai 1927, aux commandes du Spirit of St Louis, petit monoplan de 223cv, Charles Lindbergh vient de traverser l’Atlantique Nord de New York à Paris en 33 h et 30 minutes. Cet exploit est retentissant, mais, la traversée régulière de l’atlantique Nord en avion, demeure encore un vrai défi.
Défi qu’un jeune ingénieur de 23 ans passionné d’aéronautique, René Couzinet, entreprend de relever.
Un concept révolutionnaire !
« Je veux, que sur de tels parcours, les hommes aient toujours le maximum de chances d’arrivée. J’ai étudié un trimoteur, un moteur central et deux moteurs latéraux placés dans les ailes, tous trois accessibles en vol. »* L’avion qu’il envisage de réaliser est tout bonnement révolutionnaire.à l’époque, plus souvent les projets monomoteurs ou hydravion étaient retenus.
Après de nombreux rebondissements, un prototype aux lignes futuristes, pour l’époque L’Arc-en-Ciel, c’est son nom, prend son premier envol sur l’aérodrome d’Orly le 7 mai 1928.
L’impact médiatique est immense.


Plusieurs coups du sort...
Le 8 août 1928 lors d’un vol d’essai un phénomène vibratoire (buffeting) mal connu à cette époque déstabilise l’appareil et le rend pendant quelques secondes incontrôlable, facteur aggravant, il vole trop bas et n’a pas assez d’altitude pour se rétablir. Il heurte un bâtiment et s’écrase. Cet accident fera deux morts et deux blessés.
Couzinet est anéanti, moralement et financièrement.
Grâce aux encouragements et à une aide financière quasi-nationale Couzinet se remet au travail.
Début 1930 un deuxième Arc-en-Ciel est en cours de construction mais au soir du 17 février un incendie ravage les ateliers. Encore une fois le destin s’acharne et réduit à néant tous les espoirs de Couzinet.
Mais il tiendra bon !
Mais, il est jeune et tenace, il croit en son projet et, pour la troisième fois un Arc-en-Ciel est reconstruit.
Il volera pour la première fois le 11 février 1932 à Etampes.
Cette dernière version a maintenant 30 mètres d’envergure, trois moteurs Hispano-Suiza de 650 CV, une vitesse proche de 250 km/h avec, en mode économique, un rayon d’action de 3000 km.
De nombreuses modifications sont apportées pendant toutes les phases d’essais.
Sur demande de l’état, de janvier 1933 à octobre 1934 sont entrepris une série de huit traversées de l’atlantique Sud. Malgré des infrastructures au sol encore trop limitées pour recevoir un tel appareil, l’expérience est un véritable succès et validera le projet d’une commande par l’Etat. Mais Air France tout juste créée n’achètera que cet exemplaire qui ne volera pas sur les lignes régulières.
Moteurs démontés, il sera finalement vendu aux enchères le 29 mars 1937 et racheté in extrémist par Couzinet.
Le 30 août 1940, au tout début de la guerre l’entrepôt occupé par les Allemands et où est stocké l’avion brûle.
Il ne reste rien !

Les non dits :
J’ai résumé ici très brièvement cette saga. J’ai volontairement fait abstraction des luttes sans merci que se livraient partisans des avions terrestres monomoteurs, hydravions ou même dirigeables. Je passerai également sous silence toutes les intrigues politico-administratives, qui entravèrent régulièrement la réalisation de ce projet. Projet qui finira par « capoter » faute de commandes.

Hommage
Impossible par contre de ne pas évoquer l’implication et le dynamisme de Mermoz, ami de Couzinet et l’un des pilotes d’essai de L’Arc-en-Ciel, acteur incontournable et médiatique qui contribua très largement à donner à cette aventure la notoriété qu’on lui connaît encore aujourd’hui. Je retiendrai aussi l’enthousiasme de tout un pays pris de passion pour ce projet hors du commun et à toutes les bonnes volontés connues et inconnues qui contribuèrent malgré tout à son succès technique.
